Après dix ans de bons et loyaux services, les voix RATP qui rythment le quotidien des voyageurs de leurs annonces multilingues, accueillent désormais de nouveaux membres dans la famille. Sélectionnées lors d’un casting mené parmi les collaborateurs de la RATP, les nouvelles voix du métro, du bus ou du tram doivent distiller une information voyageurs de qualité dans l’univers bruyant du réseau de transport francilien.

Bruyant comme une station de métro ?

Roulements, crissements de freins, ouverture et entrechoc des portes, avertisseurs sonores… dans les transports en commun, le silence n’existe pas.

Théoriquement, le volume moyen mesuré sur un quai de métro se situe entre 60 à 65 dB en temps normal – soit le niveau sonore d’une salle de classe… dynamique, mais il s’élève jusqu’à 90dB lorsqu’une rame passe – soit le volume sonore d’une tondeuse à gazon tournant à plein régime.

A l’exception de la ligne 14 et des prolongements de lignes existantes, la plupart des stations du réseau ont été ouvertes avant 1939. Or, à cette époque, les ingénieurs étaient plus soucieux de hâter la mise en œuvre de transports collectifs pour une population parisienne croissante que de soigner les tympans des futurs voyageurs de la ligne 10…

Héritière d’un réseau aujourd’hui centenaire, la RATP trouve ainsi un défi majeur dans sa mission d’information auprès des voyageurs : comment assurer l’intelligibilité des annonces sonores au sein d’un univers parfois assourdissant ? Et surtout, quelles solutions pour mieux maîtriser le son dans un réseau qui se modernise et continue de s’étendre ?

Comment définiriez-vous l’acoustique dans le métro ?

Joran Le Nabat, acousticien RATP : Sur le réseau, il n’y a pas une acoustique mais des acoustiques : le son n’est pas la même du trai au quai, du quai à la salle des billets et jusqu’à l’extérieur de la station. Le défi est de sonoriser ces différents espaces avec une intelligibilité optimale tout en créant un parcours pour le voyageur.

Les matériaux présents dans les espaces, leur caractère réverbérant ou au contraire leur sonorité mate, l’architecture des lieux, tout cela doit être pris en compte pour déterminer le système de sonorisation adéquat. La station Bibliothèque François Mitterrand (ligne 14), par exemple, est ce que l’on appelle une station « cathédrale », dont il faut parvenir à minimiser la réverbération. Dans notre jargon, l’objectif est « d’exciter » au minimum la salle.

Aujourd’hui, nous travaillons en amont avec les architectes pour proposer des solutions efficaces : mise en place de hauts parleurs très directifs, approche acousticienne des matériaux et des structures, de manière à limiter la réverbération, qui est souvent le principal problème rencontré.

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Joran Le Nabat, acousticien RATP

 Selon quel principe est déterminé le volume des annonces sonores ?

Dans nos espaces, le volume est très variable, passant de 60 à 90 dB. Pour obtenir une intelligibilité optimale des messages, ceux-ci devraient être diffusés 10 dB au-dessus du bruit de fond. L’objectif n’étant pas d’agresser les tympans des voyageurs, le niveau sonore moyen des annonces se situe à 75 dB. Cela permet de rendre le message parfaitement intelligible tant qu’une rame ne passe pas, c’est-à-dire 75% du temps.

Nous prenons également en compte le confort des riverains, ainsi que celui des agents qui sont là en permanence, ce qui détermine également le placement des haut-parleurs. Dans le cas des stations aériennes, par exemple, les annonces doivent être audibles bien sûr, mais elles ne doivent pas incommoder les habitants du quartier. Nous cherchons donc en permanence le meilleur compromis entre la qualité de l’information délivrée et les effets collatéraux potentiels des moyens de diffusion.

Une identité sonore, pour quoi faire ?

Plus qu’un simple outil de communication, l’identité sonore de la RATP doit également permettre aux voyageurs d’identifier rapidement – instinctivement presque, pour les plus citadins – la nature et l’importance des messages délivrés dans le réseau. Mais ce qui marche aisément à l’intérieur de l’espace clos et confortable d’un TGV ou d’un avion de ligne est sensiblement plus complexe à appliquer dans les espaces bruyants et agités du réseau RATP.

Peut-on parler d’une identité sonore de la RATP ?

Song Phanekham, responsable de l’Identité sonore et visuelle de la RATP : Pour répondre à cette question, il faut distinguer deux éléments. Il y a d’abord un véritable patrimoine sonore de la RATP, constitué des bruits de l’exploitation dans son ensemble, des bruits de freinage aux signaux de fermeture des portes. Chaque type de train, chaque moteur de bus a sa signature sonore… Un spécialiste est capable de reconnaitre un modèle de bus juste à l’oreille !

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Song Phanekham, responsable de l’Identité sonore et visuelle de la RATP

D’autre part, il y a l’identité sonore de marque que nous essayons de construire depuis une dizaine d’années. Elle se manifeste par une signature musicale de la RATP, c’est-à-dire les jingles des annonces sonores, ainsi que par la musicalité propre des messages diffusés, que ce soit dans leur écriture (on pensera aux douze syllabes du sage conseil « attention à la marche en descendant du train », qui en font un alexandrin), ou dans le ton et le timbre des voix utilisées.

Vous avez parfois recours à la synthèse vocale. Pouvez-vous nous présenter plus en détail cette technique ?

Tout d’abord, il faut bien comprendre que lorsque nous avons utilisé la synthèse vocale, c’était uniquement pour des raisons pratiques pour le réseau bus. Par exemple, avec la législation sur l’accessibilité au début des années 2000, il fallait que tous les bus soient sonorisés, ce qui représentait des milliers de noms de point d’arrêts à enregistrer dans un délai très court. Opter pour la synthèse vocale nous permettait alors un gain de temps considérable.

Mais l’inconvénient, au-delà des problèmes de prononciation – particulièrement sensibles sur les noms propres, c’est le manque de chaleur de ce type de voix. Le besoin d’information est satisfait, mais il manque ce petit supplément d’âme qui fait le charme des voix humaines…

Nous revenons donc progressivement à des voix humaines, pour retrouver de l’humanité, redonner de la chaleur, et donc nous inscrire dans cette relation de service qui est au cœur de la mission de la RATP.

Annonce sonore utilisant la synthèse vocale

… et la version ultérieure, utilisant des voix enregistrées

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L’entretien des voix

L’information sonore n’est pas nécessairement verbale. Un certain nombre de signaux sonores facilement identifiables permettent ainsi d’indiquer des éléments élémentaires du parcours d’un voyageur, tels la validation ou le refus d’un titre de transport, la fermeture imminente des portes d’une rame, etc. Pour le reste, c’est-à-dire pour l’ensemble des messages qui n’ont pas ce caractère générique (la validation d’un titre de transport, c’est une même action où qu’on l’effectue), la communication doit être écrite ou, ce qui nous intéresse ici, verbale, afin de spécifier clairement son objet. Dès lors, il s’agit de sélectionner des voix capables de délivrer avec fluidité une information intelligible dans des conditions acoustiques complexes. C’est justement le but du casting des voix RATP.

Pourquoi avoir organisé ce casting en interne ? Et sur quels critères de choix ?

Song Phanekham : Ce casting se déroule en interne car nous pensons que parmi les 45 000 collaborateurs de l’entreprise, il y a nécessairement des talents !

Le principal critère de sélection est l’intelligibilité. Nous devons nous assurer que les voix seront audibles, qu’elles émergeront du bruit ambiant lors de leur diffusion sur le réseau. Mais il faut aussi de la convivialité, de la chaleur, de la bienveillance pour incarner la dimension d’accueil.

Nous avons enfin essayé d’apporter une touche d’originalité, avec des timbres moins attendus, pour offrir un panel de voix différentes.

« Le principal critère pris en compte est l’intelligibilité, mais il faut aussi de la convivialité, de la chaleur, de la bienveillance… »

Les voix sélectionnées recevront-elles un traitement particulier avant d’être diffusées ?

Elles seront bien entendues enregistrées dans les meilleures conditions et traitées de manière à rendre leur diffusion optimale. Pour les annonces destinées aux stations, nous diminuons les fréquences graves à cause de la réverbération. L’objectif principal est toujours le même : que les voyageurs ne ratent pas l’info !

Question candide : pour les annonces en direct, ça se passe comment ?

Hé bien on prend un micro et on fait l’annonce (rires). Plus sérieusement, les annonces en direct sont le fait des personnes travaillant dans les stations et dans les rames. Comme ce sont donc des voix différentes de celles utilisées pour les annonces classiques, les voyageurs les distinguent immédiatement.

Et pour les annonces en langues étrangères, vous avez fait un casting à part ?

Effectivement, nous avons fait un casting un peu à part en repérant les gens qui ont une potentialité dans ce domaine, pour les ajouter au panel de voix existantes. Il s’agit de personnes natives ou bilingues qui pratiquent l’une des six autres langues d’annonce utilisées sur le réseau : anglais, allemand, espagnol, italien, japonais et mandarin.

Le casting des nouvelles voix de la RATP s’est achevé fin novembre, consacrant 10 voix féminines et 10 voix masculines, sélectionnées parmi 500 collaborateurs RATP (dont 80 finalistes). Découvrez les coulisses du casting en vidéo !

7 choses que vous ignorez probablement sur les annonces sonores

  1. Plutôt deux fois qu’une : Les stations du réseau ferré sont annoncées deux fois, une première fois à l’approche de la station, une seconde fois à l’arrêt de la rame. La différence entre les deux annonces est dans l’intonation, d’abord montante, presque interrogative (« nous sommes arrivés ? ») puis descendante, plus affirmative (« oui, nous sommes arrivés »). Cela évite notamment l’utilisation d’un jingle ou d’une formule introductive de type « prochaine station » : on annonce forcément le nom du prochain arrêt, pas le deuxième qui suit ou celui d’après !
  2. Une tranquillité préservée : Dans les bus, l’arrêt n’est en revanche annoncé qu’une fois car les arrêts sont plus rapprochés et l’environnement invite naturellement à être plus attentif. Inutile, donc, de répéter l’information à deux reprises.
  3. Une parité respectée : Chaque ligne de métro est animée par une voix féminine et une voix masculine. Une voix assure les annonces principales ; l’autre relaie les informations complémentaires (attention à la marche, terminus, etc.).
  4. Poésie : « Attention à la marche en descendant du train ». Il suffit de prendre le métro une fois pour retenir ce bon conseil. Quel est le secret de cette petite phrase ? Tout simplement les 12 syllabes qui la composent et font d’elle… un alexandrin.
  5. Question de prononciation : Il y a quelques années, les annonces sonores prononçaient distinctement toutes les syllabes des noms de stations, ce qui donnait [cha-teuh-lait] ou [ma-deuh-leine]. Mais cette façon de prononcer ne correspondant pas à l’usage, c’est désormais le [chat’lait] et le [mad’leine] chers aux Franciliens qui sont utilisés sur la ligne 14.
  6. Excuse my French : Depuis 1994, les informations voyageurs essentielles sont systématiquement trilingues : français et deux autres langues. Les traductions ne sont pas littérales mais elles s’efforcent d’employer des expressions idiomatiques propres aux langues étrangères utilisées.
  7. Excuse my French (again) : Six langues étrangères sont utilisées sur le réseau : l’anglais, l’allemand, l’italien, l’espagnol, le japonais et le mandarin. Si les messages essentiels sont systématiquement proposés en anglais, l’utilisation d’une seconde langue est généralement fonction de la fréquentation de la ligne. Ainsi l’allemand est employé sur les lignes passant par la gare du Nord et la gare de l’Est, et l’italien sur celles s’arrêtant à la gare de Lyon.

Silence, on enregistre les voix du RER B

Diffuser du son sans haut-parleur ?

Pour des raisons pratiques ou esthétiques, il n’est pas toujours possible de placer un haut-parleur. Mais il existe d’autres solutions ! Par exemple la technologie de reproduction du son par résonance à l’aide de transducteurs. En langage commun, il s’agit d’un petit appareil piézoélectrique (se déformant sous l’action d’un champ électrique) utilisé pour faire vibrer des surfaces planes dont le matériau présente une certaine élasticité (verre, plexiglas…).

Ainsi toute surface est susceptible de devenir un haut-parleur ! A ce jour, cette technologie n’est pas déployée sur le réseau RATP mais elle a été expérimentée dans la station de bus Osmose, située à proximité de la Gare de Lyon sur le boulevard Diderot.